Melogale
Mélogales, Blaireaux-furets
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embr. | Vertebrata |
| Classe | Mammalia |
| Sous-classe | Theria |
| Super-ordre | Eutheria |
| Ordre | Carnivora |
| Sous-ordre | Caniformia |
| Famille | Mustelidae |
Les Mélogales (Melogale), également connues sous le nom de Blaireaux-furets, sont un genre de mammifères carnivore de la famille des Mustélidés. Elles sont tous originaires d'Asie. C'est le seul genre de la sous-famille des Helictidinae[3],[4].
Dénominations et étymologies
[modifier | modifier le code]- Nom scientifique valide : Melogale, Geoffroy Saint-Hilaire 1831 selon ITIS ()[5] ;
- Nom recommandé en français : Mélogale[1],[6] ;
- Nom vulgaire : Blaireau-furet (peu recommandé) [7];
- Noms vernaculaires : Hélicres[7], Hélictis[8] (vieilli).
Le nom « Mélogale » (Melogale) a une étymologie simple voulant dire « Belette-blaireau » car selon son auteur, ce genre est très voisin des Mustela mais ont de nombreux caractères les rapprochant des blaireaux[1]. En français, il s’agit d’un substantif féminin[1], mais certains documents l’ont interprêté comme un substantif masculin[6].
Taxonomie
[modifier | modifier le code]Création du genre
[modifier | modifier le code]| Formule dentaire | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| mâchoire supérieure | |||||||
| 1 | 4 | 1 | 3 | 3 | 1 | 4 | 1 |
| 2 | 4 | 1 | 3 | 3 | 1 | 4 | 2 |
| mâchoire inférieure | |||||||
| Total : 38 | |||||||
| Dentition du genre Melogale. |
Le genre des Mélogales (Melogale) est formellement décrit en 1831, mais publié pour la première fois en 1834 par le zoologiste français Isidore Geoffroy Saint-Hilaire dans le second volume du Voyage aux Indes-Orientales de Charles Bélanger[1]. Soumettant à l'examen un spécimen rapporté de cette expédition, qu'il nomme la Mélogale masquée (Melogale personata), Geoffroy Saint-Hilaire met en évidence que ce petit carnivore, bien que lié aux genres voisins des martes (Martes), des putois (Mustela), des zorilles (Ictonyx), des mouffettes (Mephitis) et des télagons (Mydaus), s'en écarte de manière trop fondamentale pour y être inclus, justifiant ainsi l'érection d'un genre à part entière[1].
Les éléments déterminants pour la création de ce taxon reposent principalement sur des modifications majeures du système dentaire, ainsi que sur des caractéristiques morphologiques externes uniques. Sur le plan de la dentition, le genre se distingue par une formule comptant 38 dents (18 à la mâchoire supérieure et 20 à l'inférieure), ce qui le différencie immédiatement des putois, des zorilles ou des mouffettes. Plus particulièrement, la carnassière supérieure présente une structure unique : au lieu d'arborer une simple éminence tranchante classique chez les mustélidés, elle adopte une forme quadrangulaire composée de quatre tubercules, ce qui rapproche son anatomie des tuberculeuses et indique un régime alimentaire beaucoup moins exclusivement carnassier, tendant vers l'omnivorie[1].
Morphologiquement, le genre est caractérisé par sa tête très longue formant un cône régulier terminé par un museau particulièrement fin, contrairement au groin des télagons, et par des proportions de doigts et d'ongles spécifiques. Les membres antérieurs portent des griffes très longues, arquées et robustes, typiques d'un mode de vie éminemment fouisseur, tandis que la plante de ses pieds, seulement nue au niveau du métacarpe et des doigts, en fait un animal qualifié de « demi-plantigrade », intermédiaire entre les digitigrades et les plantigrades stricts[1].
En 1864, lors de sa révision des genres et espèces de la famille des Mustelidae conservés au British Museum, le zoologiste britannique John Edward Gray crée formellement la tribu des Helictidina pour y regrouper ces animaux. Il caractérise alors ce taxon par des critères strictement anatomiques, notamment une carnassière (« flesh-tooth ») triangulaire présentant un large lobe interne muni de deux tubercules coniques, ainsi que des fausses molaires au nombre de 3/4 et une queue allongée subcylindrique[9].
Toutefois cette distinction initiale a été par la suite écartée au profit d'un regroupement avec les blaireaux vrais (Melinae).
Taxonomie contemporaine
[modifier | modifier le code]Aujourd’hui encore, certaines espèces rejoignent de nouveaux genres et de nouvelles espèces sont découvertes. Les espèces décrites dans la première édition du Mammal Species of the World en 1982 sont[10] :
- Melogale everetti - Blaireau-furet de Bornéo
- Melogale moschatta - Blaireau-furet de Chine
- Melogale personata - Blaireau-furet de Birmanie
Ces animaux étaient plus courent désignés sous le nom de « blaireau-furet », car la taxonomie de l’époque considérait ces espèces comme faisant partie de la sous-famille des Mélinés en compagnie des Blaireaux à proprement dits (Meles), des Balisaurs (Arctonyx) ainsi que du Taxidée américain (Taxidea)[10].
Cependant, cette classification traditionnelle reposait sur des ressemblances morphologiques superficielles et posait un problème phylogénétique majeur en rendant la sous-famille des Melinae non monophylétique. Une première étude de 2004 par Jun J. Sato et al. est venue bousculer ce consensus en apportant des preuves moléculaires décisives. En analysant le séquençage de gènes nucléaires spécifiques (RAG1 et IRBP), les chercheurs ont démontré d'un point de vue évolutif que le genre Melogale était en réalité beaucoup plus proche d'un clade composé de certains Mustelinae et Lutrinae (les genres Mustela et Enhydra) que du genre Meles, tout en restant distant d'un autre groupe incluant les martres (Martes) et les gloutons (Gulo).
Ces données génétiques sont venues confirmer et consolider un faisceau d'indices plus anciens. Sur le plan morphologique, de nombreuses études anatomiques, notamment l'examen de la structure du baculum, soulignaient déjà un lien de parenté très lointain avec les autres Melinae, faisant écho aux doutes émis par divers zoologistes dès la fin du XIXe siècle. De plus, les analyses caryologiques (l'étude des chromosomes) soutenaient également ce détachement en positionnant Melogale comme un groupe extérieur (outgroup) par rapport au clade réunissant Meles et Mustela. Face à cette convergence de preuves morphologiques, caryologiques et moléculaires, l'ancienne classification est devenue intenable. Pour corriger cette erreur taxonomique et restaurer la monophylie du groupe, les auteurs de l'étude ont formellement exclu les blaireaux-furets des Melinae et ont recommandé de les isoler dans leur propre sous-famille, les Helictidinae. Cette sous-famille monotypique ressuscite ainsi un nom qui avait initialement été proposé par le zoologiste britannique John Edward Gray en 1865[11].
L’étude phylogénétique menée en 2008, s'appuyant sur l'analyse de 22 gènes nucléaires et mitochondriaux, confirme la position du genre Melogale dans sa propre sous-famille, les Helictidinae. Les résultats indiquent que ce groupe constitue une lignée monophylétique ancienne ayant divergé des autres mustélidés il y a environ 18,4 à 22,2 millions d'années, au début du Miocène, confirmant ainsi une séparation nette avec les membres de la sous-famille des Melinae[12].
Phylogénie
[modifier | modifier le code]Position actuelle des Helictidinae selon Koepfli et al. (2008) [12]:
| Mustelidae |
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Relation au sein du genre
[modifier | modifier le code]Cladogramme du genre Melogale selon Nadler et al. (2011)[13]
| Helictidinae genre Melogale |
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Liste des espèces
[modifier | modifier le code]Les espèces ont presque toutes été décrites au cours du XIXe siècle, mais en 2011[14], une nouvelle espèce a été découverte au Vietnam, ce qui est extrêmement rare pour un mammifère de cette taille[15].
| Nom binominal, vernaculaires et auteur | Aire de répartition | Caractéristiques | Statut UICN |
|---|---|---|---|
| Melogale cucphuongensis Nadler et al., 2011 Mélogale de Cuc Phuong[17] Blaireau-furet du Vietnam |
Nord du Viêt Nam (Parc national de Cúc Phương) et sud-est de la Chine (province du Fujian). |
Découverte récente (2011), caractérisée par une tête et un corps brun foncé et une fine bande blanche bordée de noir de la nuque aux épaules. Habitats forestiers et karstiques. | (Données insuffisantes) |
| Melogale everetti (Thomas, 1895) Mélogale d'Everett[17] Blaireau-furet de Bornéo |
Endémique de petites régions montagneuses de l'île de Bornéo (notamment le Mont Kinabalu). |
Mesure entre 33 et 44 cm de long. Se nourrit principalement d'invertébrés, d'amphibiens et d'insectes. C'est la seule mélogale considérée en danger. | (En danger) |
| Melogale moschata (Gray, 1831) Mélogale de Chine[17] Blaireau-furet de Chine |
Asie de l'Est : du sud de la Chine jusqu'au nord de l'Indochine et l'extrême nord-est de l'Inde. |
De teinte brun-grisâtre, elle est largement répartie. Son régime alimentaire se compose d'insectes, de vers de terre et de petits vertébrés. | (Préoccupation mineure) |
| Melogale orientalis (Horsfield, 1821) Mélogale de Java[17] Hélictis orientale |
Endémique des îles de Java et de Bali (Indonésie). |
Fourrure d'un brun plus sombre, tirant parfois sur le noir. Vit principalement dans les forêts de montagne et de colline. | (Préoccupation mineure) |
| Melogale personata I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1831 Mélogale masquée [1] Blaireau-furet de Birmanie |
Asie du Sud-Est continentale : du Népal et du Nord-Est de l'Inde jusqu'à la péninsule indochinoise. |
Espèce type du genre, caractérisée par une large bande blanche dorsale continue et un masque facial contrasté blanc et noir très marqué. | (Préoccupation mineure) |
| Melogale subaurantiaca (Swinhoe, 1863) Mélogale de Taïwan[17] |
Endémique de l'île de Taïwan. | Longtemps traitée comme une sous-espèce de la mélogale de Chine, séparée suite à des analyses génétiques. Reconnue comme un important réservoir de la rage à Taïwan. | (Selon l'UICN, sous M. moschata) |
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Charles Bélanger, Voyage aux Indes-Orientales par le nord de l'Europe, les provinces du Caucase, la Géorgie, l'Arménie et la Perse, suivi de détails topographiques, statistiques et autre sur le Pégou, les Iles de Java, de Maurice et de Bourbon, sur le Cap de Bonne-Espérance et Sainte-Hélène, pendant les années 1825, 1826, 1827, 1828 et 1829, Paris, Arthus Bertrand, (lire en ligne)
- 1 2 3 4 GBIF Secretariat. GBIF Backbone Taxonomy. Checklist dataset https://doi.org/10.15468/39omei accessed via GBIF.org, consulté le .
- ↑ Catalogue of Life Checklist, consulté le .
- ↑ J.E. Gray, « Revision of the genera and species of Mustelidae contained in the British Museum », Proceedings of the Zoological Society of London, vol. 33, , p. 100–154 (DOI 10.1111/j.1469-7998.1865.tb02315.x)
- 1 2 Integrated Taxonomic Information System (ITIS), www.itis.gov, CC0 https://doi.org/10.5066/F7KH0KBK, consulté le .
- 1 2 (en) Amy Chernack (dir. et Project Co-ordinateur), Normand David et Michel Gosselin (French common names) (ill. Lluis Sogorb), All the Mammals of the World, Barcelone, Lynx Nature Books, , 800 p., 24 x 31 cm / 4,6 kg (ISBN 978-84-16728-66-4, présentation en ligne), p. 686
- 1 2 (en) Murray Wrobel, Elsevier's dictionary of mammals : in Latin, English, German, French and Italian, Elsevier, , 857 p. (ISBN 978-0-444-51877-4, lire en ligne)
- ↑ Paul Gervais, Histoire naturelle des mammifères, vol. 2, Paris, L. Curmer, , passage=105
- ↑ (en) John Edward Gray, Proceedings of the Zoological Society of London, vol. 1864, Londres, Academic Press, , 103 p. (lire en ligne), « Revision of the genera and species of Mustelidae contained in the British Museum »
- 1 2 (en) James H. Honacki, Kenneth E. Kinman et James W. Koeppl, Mammal species of the world : a taxonomic and geographic reference, Lawrence, Kan., Allen Press & Association of Systematics Collections, (ISBN 0-94292-400-2, lire en ligne), p. 260
- ↑ (en) Jun J. Sato, Tetsuji Hosoda, Mieczysław Wolsan et Hitoshi Suzuki, « Molecular Phylogeny of Arctoids (Mammalia: Carnivora) with Emphasis on Phylogenetic and Taxonomic Positions of the Ferret-badgers and Skunks », Zoological Science, vol. 21, no 1, , p. 111-118 (ISSN 0289-0003, DOI 10.2108/0289-0003(2004)21[111:MPOAMC]2.0.CO;2, lire en ligne)
- 1 2 (en) Klaus-Peter Koepfli, K. A. Deere, G. J. Slater, C. Begg, K. Begg, L. Grassman, M. Lucherini, E. Veron et R. K. Wayne, « Multigene phylogeny of the Mustelidae: Resolving relationships, tempo and biogeographic history of a mammalian adaptive radiation », BMC Biology, vol. 6, no 10, (DOI 10.1186/1741-7007-6-10, lire en ligne)
- ↑ (en + de) Tilo Nadler, Ulrike Streicher, Clara Stefen, Elke Schwierz et Christian Roos, « A new species of ferret-badger, Genus Melogale, from Vietnam », Der Zoologische Garten (de), Elsevier, vol. 80, no 5, , p. 271–286 (DOI 10.1016/j.zoolgart.2011.08.004, lire en ligne [PDF], consulté le ). Protologue de Melogale cucphuongensis.
- ↑ Les plus grandes découvertes de nouvelles espèces en 2011, publié le 14 février 2012 sur le site Mongabay, consulté le 23 septembre 2021
- ↑ Photos: Un nouveau mammifère bizarre découvert au Vietnam, publié le 7 février 2012 sur le site Mongabay, consulté le 23 septembre 2021
- ↑ ASM Mammal Diversity Database, consulté le .
- 1 2 3 4 5 (en) Amy Chernack (dir. et Project Co-ordinateur), Normand David et Michel Gosselin (French common names) (ill. Lluis Sogorb), All the Mammals of the World, Barcelone, Lynx Nature Books, , 800 p., 24 x 31 cm / 4,6 kg (ISBN 978-84-16728-66-4, présentation en ligne), p. 686
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- (en) Myers, P. et al., Animal Diversity Web : Melogale, 2024 (consulté le )
- (en) BioLib : Melogale Geoffroy, 1831 (consulté le )
- (en) Catalogue of Life : Melogale I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1831 (consulté le )
- (fr + en) EOL : Melogale I. Geoffroy Saint-Hilaire 1831 (consulté le )
- (fr + en) GBIF : Melogale I.Geoffroy Saint-Hilaire, 1831 (consulté le )
- (en) IRMNG : Melogale Geoffroy in Bélanger, 1831 (consulté le )
- (fr + en) ITIS : Melogale I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1831 (consulté le )
- (en) Mammal Species of the World (3e éd., 2005) : Melogale I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1831 (consulté le )
- (en) NCBI : Melogale (taxons inclus) (consulté le )
- (en) Paleobiology Database : Melogale (consulté le )
- (en) Taxonomicon : Melogale Geoffroy, 1831 (consulté le )
- (en) UICN : taxon Melogale (consulté le )







