Juliette Drouet
| Naissance | |
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| Sépulture |
Cimetière Nord de Saint-Mandé, tombes de Juliette Drouet et Claire Pradier (d) |
| Nom de naissance |
Julienne Joséphine Gauvain |
| Nationalité | |
| Activité | |
| Enfant |
Claire Pradier (d) |
Juliette Drouet, de son vrai nom Julienne Joséphine Gauvain[1], née le à Fougères[2] et morte le [3], dans le 16e arrondissement de Paris, est une actrice et épistolière française.
Elle a été la maîtresse de Victor Hugo pendant près de cinquante ans.
Biographie
[modifier | modifier le code]Enfance et jeunesse, de 1806 à 1828
[modifier | modifier le code]Juliette Drouet naît le , rue de la Révolution à Fougères, et est baptisée le lendemain à l'église Saint-Sulpice.
Elle est la benjamine d'une famille de quatre enfants, Renée (1800-1885), Thérèse (1802-1814) et Armand (1803-1876).
Sa mère, Marie Marchandet, née vers 1780, est fileuse.
Son père, Julien Gauvain, né en 1777 à Saint-Étienne-en-Coglès, est un ancien chouan qui exerce depuis la profession de tailleur. Le couple, marié le à Fougères, s'établit dans une maison modeste rue de la Révolution (actuellement rue de Rillé), qui leur sert également d'atelier[4] ,[5].
Après la mort de sa mère en décembre 1806, son père, malade, ne peut s'occuper convenablement de tous ses enfants : les deux benjamins, Juliette et son frère Armand, sont confiés à l'Hôtel-Dieu, puis placés en nourrice (Armand à Romagné, Juliette à Fougères). Les deux aînés restent avec leur père dans un premier temps, puis Thérèse est également placée en nourrice. Le , Julien Gauvain meurt à son tour : Juliette est orpheline à vingt mois. À la suite de la mort de son père, Jean-Marie Gauvain, cousin de Julien et meunier à Saint-Ouen-la-Rouërie, accepte le rôle de tuteur[4]. À cette période, Juliette est probablement recueillie par sa tante maternelle, Françoise Marchandet, et son oncle, René-Henry Drouet, et élevée en Bretagne, comme semble l'indiquer l'évocation par Hugo de l'enfance bretonne de sa future maîtresse[6].
En 1815, René-Henry Drouet et sa femme s'établissent à Paris : Juliette les suit, et après la séparation du couple en 1816, elle est envoyée au pensionnat religieux des chanoinesses de Saint-Augustin à Saint-Mandé. Elle quitte le couvent en 1821, à quinze ans.
Vers 1825, Juliette devient la maîtresse du sculpteur suisse James Pradier. Elle a avec lui une fille, Claire, née hors mariage le . Claire est rapidement mise en nourrice à Vert, Juliette n'envisageant pas de l'élever[4]. Son père ne la reconnaît que deux ans plus tard, en 1828, et l'envoie à la pension de Mlle Watteville, à Paris, la même année.
Juliette prend ensuite pour amant le psychiatre Scipion Pinel. Très dépensiers tous les deux, ils sont envoyés devant la justice en 1828 après que Scipion Pinel a échoué à rembourser 20 000 francs de dettes contractées pour offrir des bijoux à Juliette. Incapables de rembourser la somme après une première venue des huissiers, les amants fuient pour l'Allemagne pendant quelques mois[4].
Carrière d'actrice, de 1828 à 1839
[modifier | modifier le code]Débuts à Bruxelles
[modifier | modifier le code]En décembre 1828, sous le conseil de Pradier avec lequel elle entretient toujours une correspondance, Juliette commence sa carrière de comédienne, en décembre au théâtre du Parc de Bruxelles. Elle joue les rôles de jeunes premières dans trois pièces d'Eugène Scribe : Simple histoire, La Mansarde des artistes et La Marraine[7]. Elle rejoint ensuite la troupe de Pierre Victor, à la Salle des Beaux-Arts. Elle donne des performances inégales dans L'Hôtel garni, ou la Leçon singulière de Désaugier et Gentil, le Hamlet de Ducis et Les Rivaux d'eux-mêmes de Pigault-Lebrun. Quand son contrat avec Pierre Victor touche à sa fin, Pradier fait trouver un appartement à Juliette à Paris. À cette période, Juliette prend le nom de son oncle Drouet.
Arrivée et ascension à Paris
[modifier | modifier le code]À l'été 1829, Juliette est engagée au théâtre du Vaudeville, à Paris, ce qui amorce son ascension. Elle y joue dans Kettly, ou le Retour de Suisse de Duvert et Paulin, ou encore dans Une visite à Bedlam de Scribe et Delestre-Poirson. Elle séduit la critique, charmée par sa beauté, son intelligence et son jeu[4].
Elle quitte le Vaudeville pour le théâtre de la Porte-Saint-Martin en janvier 1830. Sa carrière prend son essor dans le drame et le mélodrame, avec Bocage pour partenaire. Elle est remarquée dans L’Homme du monde d’Ancelot et Saintine, où elle égale la créatrice de son rôle à l’Odéon. Elle joue aussi dans le Shylock de Dulac et Alboize, Le Bigame, ou Toinette et Stéphanie, ou encore dans Tartuffe, et s'initie au drame historique.
Elle part pour l'Odéon en février 1831, théâtre dont le répertoire mêle pièces néoclassiques et drames romantiques. Juliette continue son ascension : elle y est adulée et s'attire les jalousies. Elle y rencontre Mademoiselle George, qui joue alors tous les premiers rôles tragiques, et continue à jouer les rôles de jeunes premières. Elle quitte finalement l'Odéon à l'automne 1831 pour partir en séjour à Florence : son départ émeut les journaux[4].
Juliette revient à Paris au début de l'année 1832, juste avant une grande épidémie de choléra, qui emportera notamment Casimir Perier et le père d'Alfred de Musset. Elle retrouve la Porte-Saint-Martin, rejoue dans Shylock, puis joue dans Dix ans de la vie d'une femme, ou Les Mauvais Conseils de Terrier. Elle enchaîne soixante-dix représentations en moins de trois mois en 1832.
Rencontre de Victor Hugo, en 1833
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Portrait peint par Charles-Émile Callande de Champmartin.

Juliette rencontre Victor Hugo pour la première fois le , alors qu'elle faisait une lecture du rôle de la princesse Négroni dans Lucrèce Borgia. Hugo rend visite à Juliette la nuit du 16 février, qui deviendra la date-anniversaire du début de leur relation. Trois jours plus tard, les deux nouveaux amants passent mardi-gras ensemble, Hugo renonçant à un bal pour rejoindre Juliette.
Leur liaison est rapidement remarquée : Alphonse Karr, journaliste épris de la jeune actrice, jaloux, écrit une nouvelle mélodramatique où il donne à son héroïne frivole les traits de Juliette, puis un roman, Une heure trop tard, où on la reconnaît dans le personnage d'Hélène. La famille d'Hugo, quant-à-elle, la voit d'un mauvais œil, alors qu'Hugo continue à vivre avec sa femme, Adèle (qui entretient elle-même une liaison avec Sainte-Beuve[8]).
Juliette participe à une centaine de représentations entre février et avril 1833, puis cent vingt représentations entre mai et juillet[9]. Elle se fatigue beaucoup, et se plaint à Hugo de sa santé.
La correspondance entre Victor Hugo et Juliette Drouet témoigne d’un attachement profond : Hugo la retrouve aussi souvent que possible après ses spectacles, reste tard chez elle, travaille pour elle. Leur relation est cependant fragilisée par la jalousie des deux amants, qui manque plusieurs fois de les mener à la rupture : en août 1833, à la suite d'une violente dispute, Juliette brûle les lettres que Hugo lui a écrites[10].
Essouflement et fin de carrière
[modifier | modifier le code]Fin 1833, Juliette doit jouer Jane dans Marie Tudor, rôle important et composé sur mesure pour elle par Hugo. Mais pendant les répétitions, au mois d'octobre, elle est prise au milieu des tensions entre Hugo et une coalition formée de Harel, directeur du théâtre, Mademoiselle George, Dumas et leurs amis. Le , Juliette craque pendant la Première : elle est sifflée par le public, son rôle lui est retiré et passe à Ida Ferrié. Les comptes-rendus de la représentation sont accablants, et elle est la cible des journaux satiriques[9]. Seul Hugo la soutient et la félicite.
Le , Juliette obtient un contrat de deux ans à la Comédie-Française, dont elle devient pensionnaire. Son engagement est permis grâce à une manipulation d'Hugo, qui ne consent à donner sa prochaine pièce à la Comédie-Française que si la jeune femme y est engagée. Cela lui permettrait de rembourser les 7000 francs de dettes restants de Scipion Pinel, pour lesquels elle s'était portée garante, et qui lui attirent de plus en plus de soucis financiers et juridiques. Son admission ne fait qu'amplifier les critiques à son encontre. Elle ne sera jamais distribuée dans les pièces jouées à la Comédie-Française.
Le 2 août 1834, après une autre dispute, Juliette fuit Paris pour la Bretagne en emportant avec elle sa fille Claire : Hugo, alors en famille aux Roches, la rejoint. Leurs retrouvailles à Brest et le long voyage retour scelle définitivement leur union. Après cette date, ils partiront presque tous les étés[11].
En 1838, désormais engagée au Théâtre de la Renaissance, nouvellement fondé sous l'impulsion d'Hugo, Dumas et Casimir Delavigne, il est prévu que le rôle de la reine dans Ruy Blas soit attribué à Juliette. Mais pendant l'absence d'Hugo, parti en vacances avec Juliette comme tous les étés depuis 1834, Madame Hugo écrit à Anténor Joly, directeur du théâtre, pour le dissuader de donner le rôle à cette dernière : elle lui présente les risques de le rôle à Juliette, à qui l'opinion publique est défavorable. Joly est convaincu, et Hugo ne parvient pas à défendre sa bien aimée : le rôle est donné à Louise Beaudouin[12]. La carrière de Juliette est aux abois.
Le , lendemain de la première de Ruy Blas au théâtre de la Renaissance, la direction du théâtre propose à Juliette un rôle dans un opéra-comique, qu'elle refuse, ne trouvant pas le genre assez digne. Par la suite, plusieurs rôles sont avortés. Il est prévu qu’elle joue dans Safia, ou la Décadence de Venise d’Alphonse Royer et Roger de Beauvoir, mais la pièce n’est pas programmée. Le , elle doit ensuite remplacer Louise Beaudoin dans Ruy Blas, mais refuse, considérant trop humiliant d'enfin faire ses débuts dans ce théâtre comme doublure, et craignant de décevoir alors que Louise avait convaincu.
Avec Victor Hugo, de 1839 à 1883
[modifier | modifier le code]La nuit du 17 au 18 novembre 1839, Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à s'occuper à jamais de Juliette et de sa fille et de ne jamais l'abandonner. Juliette renonce à sa carrière d'actrice et entre en réclusion[13]. Hugo interdit à Juliette de sortir sans lui.
Le 7 janvier 1841, Hugo est élu à l'Académie française, après trois tentatives infructueuses. Ce succès leur assure de nouveaux revenus. Juliette est invitée à sa cérémonie de réception à l'Académie : Hugo l'assume aux yeux de la meilleure société et de sa famille, présente également à la cérémonie.
Le 9 septembre 1843, pendant leur voyage annuel, Hugo apprend en lisant dans Le Charivari que sa fille, Léopoldine, est morte noyée dans la Seine, le 4 septembre, près de Villequier. Les amants rentrent à Paris : Hugo a manqué les obsèques. Trois ans plus tard, Juliette perd également sa fille, Claire, emportée par une longue maladie le 21 juin 1846. Victor Hugo mène le cortège funèbre avec Pradier. Juliette n'a pas la force d'assister aux obsèques.
En 1852, elle accompagne Hugo dans son exil à Jersey, puis en 1855 à Guernesey, mais sans partager son toit. Il lui loue une petite maison à portée de vue.

Malgré la dévotion de Juliette, Hugo la trompe, notamment avec Léonie d'Aunet, avec qui il entretient une liaison de 1844 à 1851, et avec l’actrice Alice Ozy en 1847.
Le , pendant le siège de Paris, Victor Hugo donne pour instruction à ses enfants : « [Juliette] m'a sauvé la vie en décembre 1851. Elle a subi pour moi l'exil. Jamais son âme n'a quitté la mienne. Que ceux qui m'ont aimé l'aiment. Que ceux qui m'ont aimé la respectent. Elle est ma veuve. »

Hugo la trompe aussi en , avec Blanche, la femme de chambre de Juliette. Celle-ci fugue le . Elle rentre cinq jours plus tard et obtient de Hugo des engagements de fidélité[14].
Juliette lui écrit, tout au long de sa vie, plus de vingt-deux mille lettres[15], qui sont en cours de publication[16].
Elle meurt le , sans doute de son cancer à l'estomac, âgée de soixante-dix-sept ans, à leur domicile au 124 avenue Victor-Hugo, à Paris.
Elle est inhumée au cimetière Nord de Saint-Mandé, près de sa fille Claire. L'entourage de Victor Hugo le dissuade d'assister aux obsèques[17].
« Quand je ne serai plus qu’une cendre glacée,
Quand mes yeux fatigués seront fermés au jour,
Dis-toi, si dans ton cœur ma mémoire est fixée :
Le monde a sa pensée,
Moi, j'avais son amour ! »
— Épitaphe de Juliette Drouet (Dernière Gerbe de Victor Hugo).

Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Juliette Drouet, Souvenirs 1843-1854, édition établie par Gérard Pouchain, éditions des femmes, 2006.
- Gérard Pouchain et Robert Sabourin, Juliette Drouet, ou « la dépaysée », éditions Fayard, 1992.
- Henri Troyat, Juliette Drouet, Flammarion, 1997.
- Anne Martin-Fugier, Comédienne : de Mlle Mars à Sarah Bernhardt, Paris, Éditions du Seuil, , 408 p. (ISBN 2-02-039904-0).
- Florence Naugrette, Juliette Drouet, compagne du siècle, Paris, Flammarion, 2022 (ISBN 9 782 081 510 456)
Iconographie
[modifier | modifier le code]- c.1827 - Portrait de Juliette Drouet par Charles-Émile Callande de Champmartin.
- 1832 - Juliette Drouet, lithographie de Alphonse-Léon Noël
- 1840 ca - Juliette sert de modèle pour la statue de la ville de Strasbourg par James Pradier, place de la Concorde à Paris.
- 1845 - Juliette est représentée nue sur le piédestal du socle du buste d'Augustin Pyrame de Candolle dans le Jardin botanique de Genève, en Suisse[18]
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Archives conservées par : bibliothèque de l'université de Leeds (BC MS 19c Drouet)
- Ressource relative au spectacle :
- Ressource relative à la musique :
- Juliette DROUET Fougères, 1806 - Paris, 1883 sur victorhugo2002.culture.fr
- Victor Hugo, Mon Amour, pièce de théâtre à la Comédie Bastille retraçant la vie de Victor Hugo à travers son histoire d’amour avec Juliette Drouet
- Lettres de Juliette Drouet à Victor Hugo, édition (en cours) de l'ensemble de la correspondance de Juliette Drouet à Victor Hugo (projet Cérédi-Université de Rouen)
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Katharina M. Wilson, An Encyclopedia of Continental Women Writers, volume I, p. 335.
- ↑ « Archives des registres d'état civil d'Ille et Vilaine », sur archives.ille-et-vilaine.fr (consulté le )
- ↑ « Actes d'état civil », sur https://archives.paris.fr, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 Florence Naugrette, Juliette Drouet, compagne du siècle, Flammarion, 2022.
- ↑ Pascale Lafargue, Juliette Drouet, une destinée, 2004. lire en ligne sur google livres
- ↑ Victor Hugo à Juliette Drouet, 27 juillet 1837 ; Victor Hugo, Œuvres complètes, Club français du livre, 1967-1970, p.1248.
- ↑ Florence Naugrette, « Sur le tas: de Bruxelles à Paris, des mentors aux idoles, la formation continue européenne de Juliette Drouet (1828-1833) », Elephant & Castle, no 33, , p. 97-103 (lire en ligne
[PDF]). - ↑ Edmond Benoit-Lévy, Sainte-Beuve et Mme Victor Hugo, Librairie des Presses Universitaires, Paris 1926.
- 1 2 Gérard Pouchain, Juliette Drouet ou “la dépaysée”, Fayard, 1992.
- ↑ « Juliette Drouet - Chronologie », sur juliettedrouet.univ-rouen.fr (consulté le ).
- ↑ Annette Rosa, Victor Hugo, l'éclat d'un siècle, Éditions Messidor, 1985.
- ↑ Raymond Escholier, Victor Hugo raconté par ceux qui l'ont vu, Paris, Librairie Stock, , 415 p., p. 218
- ↑ Victor Hugo et les femmes : Dans l'intimité de Victor Hugo, Herodote.net, 2 février 2020.
- ↑ Henri Guillemin, Hugo, Paris, Seuil, Microcosme, Écrivains de toujours, , 191 p. (ISBN 978-2-02-000001-7), p. 182,183
- ↑ https://www.ouest-france.fr/bretagne/les-22-000-lettres-de-juliette-drouet-2127873
- ↑ « Juliette Drouet - Lettres à Victor Hugo », sur juliettedrouet.univ-rouen.fr (consulté le )
- ↑ Victor Hugo, Choses vues, 1870-1885, Paris, Gallimard, , 529 p. (ISBN 2-07-036141-1), p. 61
- ↑ Christian Vellas, Genève insolite et secrète, édition Jonglez, 2010, p. 96-97. (ISBN 978-2-9158-0779-0)