Guerre de Quatre Ans (Gaza)
| Date | 1967-1971 |
|---|---|
| Lieu | bande de Gaza |
| Casus belli | occupation israélienne |
| Issue | « pacification » du territoire |
| Mohammed al-Aswa | Ziad al-Husseini († 21/11/1971) | Yeshayahu Gavish (1967-1970) puis Ariel Sharon |
Conflit israélo-palestinien
Batailles
- Déclaration Balfour (1917)
- Émeutes de Jérusalem (1920)
- Émeutes de Jaffa (1921)
- Émeutes de 1929
- Grande Révolte arabe (1936-1939)
- Guerre civile (1947-1948)
- Guerre israélo-arabe (1948-1949)
- Tentatives de retour de Palestiniens (1948-1956)
- Guérilla des fedayins palestiniens (1949-1956)
- loi sur la propriété des absents (1950)
- Guerre de Suez (1956-1957), et Occupation de Gaza
- Loi martiale israélienne
- Guerre des Six Jours (1967)
- Guerre de Quatre Ans (Gaza) (1967-1971)
- Bataille de Karameh
- Assassinats du Mossad après Munich (1972-1992)
- 1re guerre du Liban (1975-1990)
- Opération Litani (1978)
- Intervention israélienne au Liban (1982)
- Première intifada (1987-1993)
- Seconde intifada (2000-2005)
- Opération Arc-en-ciel (2004)
- Opération Jours de pénitence (2004)
- Opération Pluies d'été (2006)
- Blocus de la bande de Gaza (2007) et flotilles de secours (abordage en 2010)
- Guerre de Gaza (2008-2009)
- Guerre de Gaza (2012)
- Guerre de Gaza (2014)
- Intifada des couteaux (2015-2017)
- Marche du retour (2018-2019)
- Intifada de l’unité (2021)
- Guerre de Gaza (2023)
- Massacres de 1948
- Qibya (1953)
- Kafr Qassem (1956)
- Massacre de Munich (1972)
- Massacre de Sabra et Chatila (1982)
- Génocide de Gaza
- Massacres de Palestiniens
La guerre de Quatre Ans est la période de résistance des habitants de la bande de Gaza à l’occupation israélienne qui suit la guerre des Six-Jours. De 1967 à 1971, l‘ensemble de l’enclave connaît un niveau élevé de conflit et de violences, par une combinaison de lutte armée des fedayins palestiniens et de désobéissance civile. L’armée israélienne y met fin en 1971 par une campagne de répression menée par le général Ariel Sharon[1]. Selon Nathan Shachar, durant cette période, « la situation dans la Bande n’a jamais été proche du calme relatif de la Cisjordanie [...] Il n’y a jamais eu une semaine calme dans la Bande, et en 1969 les Israéliens ont paru perdre pied[2] ».
L’expression guerre de Quatre Ans pour cette guerre méconnue est de Jean-Pierre Filiu, dans son Histoire de Gaza[3]. Elle est reprise par Anne Irfan[4].
Contexte
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Entre 1948 et 1967, la Bande de Gaza est occupée par l’Égypte[5]. La moitié de ses habitants sont des réfugiés palestiniens ayant fui le nettoyage ethnique de la Palestine en 1967[6]. Début novembre 1956, l’armée israélienne prend le contrôle de la bande de Gaza lors de la guerre de Suez, et y massacre des centaines de personnes, notamment à Khan Younès (de 275 à 472 tués et disparus) et Rafah (de 110 à 220 morts et disparus), ainsi qu’ailleurs dans la bande de Gaza. La résistance à l’occupation est matée par de nombreuses arrestations[7].
L’armée israélienne se retire de Gaza, sous la pression des États-Unis, le 7 mars 1957[8]. Au total, la première occupation israélienne de Gaza se solde par une forte répression (couvre-feu, rafles, violations de domicile) et de 930 à 1 200 morts, sur une population d’environ 330 000 personnes[9].
Au début des années 1960, le gouvernement égyptien commence à supprimer les restrictions sur les activités politiques palestiniennes à Gaza, permettant la création du conseil législatif palestinien (en), semi-élu, de la confédération générale des syndicats de Gaza, de la Société des femmes palestiniennes et de l’Armée de libération de la Palestine[5].
La bande de Gaza ne bénéficie d'aucun plan de développement et sa population reste misérable, avec 35 % de chômeurs chez les natifs et 83% chez les réfugiés en 1960[10]. Le secteur agricole occupe un tiers de la main-d'œuvre et produit un quart de la valeur de la bande de Gaza ; les services représentent un cinquième du PIB, l'aide internationale également. L'industrie n'a qu'une importance infime. L'agriculture s'est spécialisée dans la production d'agrumes, tournée vers l'exportation, rendant le territoire dépendant des importations[11] (les agrumes représentant jusqu'à 90% des exportations[12]).
Occupation de Gaza après la guerre des Six Jours
[modifier | modifier le code]Combats de juin 1967
[modifier | modifier le code]La bande de Gaza est envahie et occupée par Israël en 1967 lors de la guerre des Six Jours[13], en même temps que la Cisjordanie, le plateau du Golan et la péninsule du Sinaï[5]. Les combats débutent le 5 juin, et les Palestiniens détruisent plusieurs chars M45 israéliens à Khan Younès. Le sud de la bande de Gaza est néanmoins conquis dans la journée, les Égyptiens ayant 1500 tués. Le bombardement de Gaza, le lendemain, tue 14 Casques bleus dans leur hôtel, et les troupes égyptiennes de Gaza capitulent le 7 au matin. Les combats continuent quelques jours à Khan Younès. L‘armée israélienne détruit ou pille 90 des 100 écoles de l‘UNRWA[14]. Les brigades 107 et 108 de l‘armée de libération de la Palestine se retirent, mais des centaines de combattants restent sur place[15].
Occupation et politique de dépopulation
[modifier | modifier le code]Israël crée le Gouvernement militaire israélien (en) pour administrer les territoires dont il s’est emparé, dont Gaza[16]. À Gaza, c’est Moshe Gorem qui est nommé au poste de gouverneur[17].
L’objectif israélien étant à terme de vider la bande de Gaza des Palestiniens pour qu’ils soient remplacés par des colons juifs, une des premières mesures prises est l’interdiction du retour pour les Gazaouis qui étaient absents au moment du déclenchement de la guerre. Des discussions ont également lieu au sein du gouvernement sur l’éventualité d’un transfert en masse de la population de Gaza (vers le Sinaï, la Libye ou l’Irak[18] ou via un accord avec le Paraguay (en)[6]), qui n’ont pas abouties, par crainte de la réprobation internationale[18]. Du côté du Paraguay, l'accord échoue après l'assassinat du secrétaire de l'ambassade israélienne à Asuncion en 1969[6]. Des mesures sont néanmoins prises pour compléter les effets des départs dûs à la guerre[4]. Les départs sont facilités par les autorités israéliennes, qui affrètent des bus vers la Jordanie (sans prévenir que c’est un départ sans retour). Des incitations financières sont versées à 15 000 jeunes hommes début 1968 pour obtenir leur départ[18]. Enfin, pour encourager discrètement ces départs, Israël opte pour une politique de maintien d'un faible niveau de vie [6]. Selon l’UNRWA, de 40 à 45 000 civils fuient la bande de Gaza, soit plus de 10 % de la population : le souvenir de la Nakba et de l’occupation de 1956 pesaient sur les mémoires[19]. La population de la bande de Gaza chute de 385 000 habitants en juin 1967 à 356 200 en août et 326 000 fin 1968[20]. Les premiers massacres israéliens ont également contribué aux départs : deux massacres ont lieu à Rafah le 11 juin, faisant 8 et 10 morts[19]. Toujours à cause du souvenir de 1956, les militants les plus engagés se cachent dans les vergers[19].
Parmi les exilés, très peu sont autorisés à revenir. Parmi les 180 professeurs de l’UNRWA partis en Égypte, seuls 134, bénéficiant de l’appui de l’ONU, purent revenir à Gaza[20]. La police des frontières israélienne avait un ordre de tir à tuer sur les Gazaouis tentant de franchir clandestinement la frontière pour revenir dans la Bande[21].
Moshé Dayan instaure immédiatement une politique de « portes ouvertes » entre la bande de Gaza et Israël, dont l’économie peut ainsi profiter de cette main-d’œuvre bon marché. Le calcul est que l’entrée de ressources via des salaires contribuera à apaiser et stabiliser la bande de Gaza. Néanmoins, l‘autorisation d’entrée en Israël n’est valable que le jour, et oblige les travailleurs palestiniens soit à se lever très tôt, soit à dormir illégalement en Israël, au risque d‘une condamnation en cas d‘arrestation[4].
Forces en présence
[modifier | modifier le code]Résistance palestinienne
[modifier | modifier le code]En 1956, la résistance avait été uniquement civile. Son échec amena différents groupes militants, dont le parti communiste, à envisager la lutte armée[19].
En juin 1967, l’armée de libération de la Palestine est le groupe à la fois le plus nombreux, le mieux équipé et le mieux formé. En grande partie retirée en Égypte, elle conserve cependant des centaines de combattants à Gaza, ayant abandonné leurs uniformes mais conservé leurs armes. Des caches ont aussi été aménagées par le capitaine Hussein Khatib, avec de l’armement allant jusqu‘au mortier de 55 mm[15].
Le Mouvement nationaliste arabe (MNA, nassérien) perd plus de 80 % de ses adhérents à l’été 1967 : la défaite de l’Égypte de Nasser fait chuter leur nombre de 1200 à 213 en 1967. Cependant, l’existence de son armée secrète, le sarim, est restée ignorée des moukhabarates égyptiens[22]. Fin 1967, Georges Habache transforme le MNA en Front populaire de libération de la Palestine, très inspiré par les guérillas anticoloniales victorieuses en Chine et à Cuba[23]. Ce groupe devient le plus important[24].

Le parti communiste palestinien de Gaza (PCPG) est groupusculaire, même si l‘occupation lui permet de doubler ses adhérents (de 20 à 50 en 1967)[22]. Le Fatah est quasiment absent à Gaza. Son dirigeant à Rafah, Abdelaziz Chahine, est arrêté dès le 25 septembre et condamné à 15 ans de prison. Le Front de libération de la Palestine-Voie du Retour (en) comme le parti Baas sont très faibles. Des personnalités, Haider Abdel Shafi, Farouk Al-Husseini et Mounir Rayens (ar), qui ont défendu l‘identité palestinienne du temps de la domination égyptienne, se rangent du côté de la résistance[22].
Enfin, les Frères musulmans, dirigés à Gaza par le cheikh Ahmed Yassine, continuent de refuser de se joindre à la résistance, comme ils avaient rejeté les offres d’Abou Jihad en 1957 et du Fatah en 1959 et 1965. Il se félicite de la défaite de Nasser et l’attribue à un châtiment divin[25]. Mounir Rayens, maire de Gaza de 1957 à 1965, réunit donc fin juillet les différentes organisations à son domicile et lance une dynamique de résistance nationale[26] ; son fils s‘engage dans les FPL[27]. Du côté des élites, Haydar Abdel Shafi fait le lien entre les différentes factions ; Farouk al-Husseini vend une partie de ses terres pour financer les FPL et Moussa Saba mobilise chez les Palestiniens chrétiens et les commerçants du souk[27].
Dans l’été 1967, Bahjat Abou Gharbiyya (en), né à Khan Younès, soutient les soldats de l’ALP retirés en Égypte qui souhaitent passer à l‘action et qui forment au Caire les Forces populaires de libération (FPL) en novembre[26]. Misbah s’infiltre dans la bande de Gaza et y crée trois secteurs[23] ; immédiatement clandestin, ce groupe est celui qui résiste le mieux aux arrestations de janvier 1968[27].
Forces d’occupation
[modifier | modifier le code]Occupation, résistance et répression
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Dans un article du The New York Times d’octobre 1970, James Feron écrit que « la bande de Gaza reste la seule zone occupée par Israël où le terrorisme ne s’avoue pas vaincu. Plusieurs fois par semaine, le gouverneur militaire rapporte des meurtres, des attaques à la grenade et des actes de sabotage. La plupart des victimes sont des Arabes, certains suspectés de collaboration avec Israël »[28],[29].
Le premier acte de résistance militaire survient le 11 juin, avec l‘explosion d‘une mine à Gaza[19]. Les actions sont le plus souvent ponctuelles (mines rares, jets de grenade, tirs sur des patrouilles). Elles sont toutefois soutenues par deux journaux, celui du FPLP, Al-Jamâhir (Les Masses) et celui du PCPG, Al-Muqâwama, qui annonce la mort de Che Guevara en octobre 1967 (le guérillero était populaire à Gaza depuis sa visite en 1959)[23]. Une vague d’arrestations a lieu entre le 10 et 25 janvier 1968, due à une imprudence des fedayins : 67 des 71 du FPLP sont arrêtés, ainsi que de nombreux communistes. La plupart s‘exilent en Jordanie[27].
Cependant, la politique de portes ouvertes d’Israël facilite les aller-retours des fedayins et des armements entre Gaza et la Jordanie[30].
Fin 1968, Abdelkader Abou al-Fahm des FPL mène un sabotage contre l’oléoduc Eilat-Ashkelon. Les fedayins sont interceptés par l’armée israélienne et perdent plusieurs hommes ; Abou al-Fahm est blessé, emprisonné à Ashkelon et condamné à la prison à vie. Avec le départ de Hussein Khatib pour la Jordanie, c’est Ziad al-Husseini qui le remplace à la tête des FPL[20].
Les Israéliens condamnent des Gazaouis à des travaux forcés dans le Sinaï ; certains sont expulsés ensuite vers l’Égypte[18].
Selon Sara Roy, « outre les combats de guérilla qui imprègnent la vie de la Bande de Gaza, la désobéissance civile est très répandue. Les manifestations d’étudiants, le boycott des produits israéliens, et l’exigence des représentants politiques d‘une fin de l’occupation exacerbent une situation volatile »[5]. À partir de 1968, les actions de protestation diverses, manifestations et grèves se multiplient[31]. Par exemple, en mai 1968, les femmes organisent une campagne de blocage des routes et manifestent devant les bureaux du gouverneur militaire israélien[32]. De nombreuses arrestations ont lieu, qui conduisent à des enfermements administratifs, sans jugement, et hors de Gaza (prisons de Ketziot (en), dans le Néguev, et d‘Ashkelon), en contravention avec la convention de Genève. D’autres protestataires sont exilés en Jordanie[31]. Le Shin Bet a recours aux informateurs et mista'arvim. Haider Abdel Shafi, Ibrahim Abou Sitta, cofondateur de l’Organisation de libération de la Palestine, et l‘avocat Faiçal al-Husseini sont emprisonnés en 1969 dans un campement bédouin du Sinaï. Une punition collective est appliquée à la famille de Ziad al-Husseini, chef des FPL : son frère Imad est condamné à 4 ans de prison, son père, sa mère et sa sœur (mineure) sont bannies dans le Sinaï[33].
Des manifestations de Gazaouis tournent à l’émeute, comme la manifestation de lycéennes de février 1969 : la répression israélienne fait plus de 90 blessées chez les adolescentes, ce qui provoque des émeutes également en Cisjordanie[34],[35],[36],[37].
En octobre 1969, les succès de l’OLP au Liban, qui obtient par les accords du Caire l‘autonomie militaire au Liban, provoquent un regain d’agitation à Gaza. Des émeutes ont lieu dans les camps de réfugiés de Deir el-Balah et de Maghazi à la fin du mois, avec la participation des étudiants et des écoliers. Ces manifestations ont lieu durant plusieurs semaines, malgré la fermeture des écoles par Israël. Le 17 décembre, le directeur de l’éducation de l’UNRWA et cinq autres personnalités sont arrêtées et déportées dans le Sinaï[38].
Campagne de répression
[modifier | modifier le code]Pic de résistance
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La lutte armée organisée connait un pic entre 1969 et 1971[39]. En 1970, un quart des opérations de l’OLP ont lieu dans la bande de Gaza, alors que les fronts jordaniens et libanais sont eux-mêmes très actifs[38]. La répression alimente la résistance. Ainsi, Abdelkader Abou al-Fahm, mort lors de sa grève de la faim dans la prison d’Askhelon, le 11 juillet 1970, est enterré à Jabaliya. Outre un poème de Mou'in Bsissou, son enterrement suscite un mini-soulèvement. Le camp de Jabaliya est surnommé « camp du Viêtnam » tellement les patrouilles israéliennes ont du mal à y circuler[40].
Les trois détournements d'avion simultanés par le FPLP entre le 6 et le 9 septembre 1970 à Dawson's Field provoquent l’expulsion d’Haider Abdel Shafi et de Mounir Rayess. Après la résolution de la prise d‘otages et Septembre noir, ces bannis sont autorisés à rentrer au bout de deux mois d’exil[41]. Les fonctionnaires de l‘administration locale font eux de l‘obstruction : 700 sont mis à pied par les autorités israéliennes ; le président de leur syndicat, Sami Abou Chaabane, est exilé 7 mois dans le Sinaï[41].
Des conflits internes à la société de Gaza se font également jour. Les militants palestiniens s’en prennent aux Palestiniens collaborateurs ou qui travaillent pour des compagnies israéliennes[42]. Le nombre de travailleurs palestiniens dans des entreprises israéliennes chute de 10 à moins de 6000[41]. Le FPLP revendique l‘assassinat de 29 informateurs des services israéliens de 1967 à 1971[43] ; des règlements de compte entre factions partisanes ont également lieu, impliquant surtout le Fatah et le FPLP en 1970, notamment après Septembre noir[43]. Le bilan de l‘année 1970 est de 17 morts israéliens (dont 8 militaires) et 109 blessés, 110 morts palestiniens (dont 71 fedayins) et 667 blessés. D‘autre part, depuis 1967, 10 000 Gazaouis ont été placés en rétention administrative (sans jugement), et 3000 sont encore en prison fin 1970 (soit 1 % des habitants). Enfin, 146 Gazaouis ont été expulsés en Jordanie en 1970[43].
« Pacification » en 1971
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L’assassinat des enfants Arroyo (en) début janvier 1971, provoque le remplacement de Yehoshoua Gavish par Ariel Sharon, qui a carte blanche[44]. Sous son commandement, l’armée israélienne commence une campagne de pacification massive à partir de 1971, utilisant les méthodes de la contre-insurrection : rafles, opérations de recherche et destruction, démolitions punitives de maisons, déportations[24],[45]. La police des frontières, comprenant de nombreux Druzes et Bédouins, est utilisée pour les opérations de police, et use d’une grande brutalité. Plus d’une trentaine de civils sont blessés en janvier par ces méthodes violentes, mais assumées par Dayan, ministre de la Défense[46]. Sharon suspend le maire de Gaza, Ragheb al-Alami, qui refuse le raccordement de Gaza au réseau électrique israélien[44]. 80 commerçants qui avaient suivi des consignes de grève sont condamnés à des peines de prison ; 209 personnes détenant un passeport égyptien sont expulsées avec l’aide du CICR[47]. Il recourt aussi à l’assassinat de suspects par des équipes spéciales[48].
De plus, Israël utilise des camps de détention pour y enfermer des familles de suspects et des jeunes Gazaouis sur lesquelles aucune charge ne pèse. L’objectif était de dissuader les familles d’autoriser leurs fils à rejoindre le Fatah. Les camps étaient situés dans des zones désertique éloignées. La Croix-Rouge internationale a décrit le traitement des détenus comme « sans merci »[48].
Les FPL et le FPLP, dirigés respectivement par Ziad al-Husseini et Mohammed al-Aswa, le « Guevara de Gaza » continuent néanmoins d’attaquer l‘armée israélienne, ainsi que le Fatah, en retrait. Menées de nuit, ces attaques leur causent de nombreux morts (envoyés à l’hôpital al-Shifa) et blessés (emprisonnés en Israël pour interrogatoire)[49]. À partir de juillet 1971, les démolitions punitives de maisons se doublent de celles destinées à la création de larges avenues permettant l’accès aisé des troupes mécanisées dans les camps de Jabalya, Rafah et Shati : 320 kilomètres d’avenues sont ainsi créés. Une clôture de sécurité de 85 kilomètres encerclant la bande de Gaza est construite. Trois points de passage seulement y sont aménagés : à Erez, Nahal Oz et Rafah[24],[45],[46].
La pression devient tellement forte que l’OLP met en scène la mort de Mesbah Saqr afin de l’exfiltrer en sécurité[46]. À l’été 1971, l’armée israélienne détruit des parties du camp d‘Al-Shati pour élargir les routes, afin de faciliter les interventions de l’armée[50]. Les soldats de l’armée israélienne démolissent ainsi environ 2 000 à 2500 maisons au bulldozer, déplaçant environ 16 000 réfugiés du camp de Rafah et d’autres camps ailleurs dans la bande de Gaza. Deux mille d’entre eux ont été plus tard déportés à El-Arish et des centaines d‘autres en Cisjordanie[51],[46]. Jean-Pierre Filiu estime le nombre total de réfugiés de 1948 déplacés par ces opérations à 38 000 : certains à l‘intérieur de la bande de Gaza, d’autre vers le camp de Dheisheh en Cisjordanie, et 12 000 dans le Sinaï[52]. Rien qu’à Rafah, 4000 réfugiés expulsés vers les baraquements brésiliens et canadiens des contingents de l’ONU (Force d'urgence des Nations unies, 1956-1967) donnent naissance au Canada Camp et au camp Brazil (en)[53]. Cette pratique dure tout au long des années 1970 ; les grands camps de réfugiés sont particulièrement visés. Plusieurs projets immobiliers sont lancés pour remplacer les logements détruits, certains de ces ensembles étant désormais appelés des camps. Outre le Canada Camp et le camp Brazil, se succèdent les projets Shuqairi (1973), Sheikh Radwan (1974), al-Amal (1979). Les nouvelles règles d’urbanisme appliquées par Israël aboutissent à la création du district nord de Sheikh Radwan. L’UNRWA et l’OLP se sont opposés avec véhémence au déplacement, l’assimilant à un déplacement forcé[54]. Des conflits surgissent fréquemment entre les Palestiniens et les autorités israéliennes dans les années 1970[55].
Une nouvelle grève générale, lancée le 14 août 1971, est réprimée : les grévistes reçoivent de lourdes amendes ou sont l’objet de vexations diverses[53]. Toutes ces mesures font passer le nombre d‘attaques de la résistance de 69 en juillet à 26 en octobre. Un millier de fedayins sont arrêtés durant toute l’année 1970, 104 sont tués ; le 21 novembre, Ziad al-Husseini est retrouvé mort à son domicile, victime probable d’un assassinat déguisé en suicide[56].
Ariel Sharon plaide également pour l’implantation de colonies israéliennes, qui sont rapidement construites[57],[58] par le Nahal, groupe israélien chargé de l‘implantation des colonies militaires. En 1972, le gouverneur militaire de Gaza démet le maire de Gaza, Rachad Shawa, qui refusait l’annexion du camp d’al-Shati à la municipalité de Gaza[59].
Camps de déportation du Sinaï
[modifier | modifier le code]L‘armée israélienne a déporté des centaines de Gazaouis dans le Sinaï occupé pendant ces années-là. Jean-Pierre Filiu cite les camps d’Abou Zeneima, où sont envoyés plus de 600 femmes et enfants, et celui d‘Abou Rudeis[47] ; Akevot cite ceux d’An-Nakhl et d'Abou Zeneima[60].
Des archives récemment ouvertes grâce à l’ONG Akevot permettent d’avoir plus de détails. Le camp d’Abou Zeneima est ouvert dès le 5 janvier 1971, sur la côte du golfe de Suez. Très rapidement, 50 Gazaouis appartenant à une même famille sont déportés dans ce camp. À la fin du mois, 27 familles y sont enfermées, soit 140 personnes dont 87 enfants, âgées de 7 mois à 80 ans. Il s‘agit des familles des fedayins, déplacées car elles soutiennent la résistance, même si selon Moshe Dayan, il ne s‘agit pas d‘une punition mais de « dissuasion ». Elles sont composées essentiellement de femmes et d‘enfants, mais Israël veille à toujours déporter un homme adulte par famille, pour ne pas avoir à traiter avec les femmes[48].
Le camp de Nekhel est lui situé au milieu du Sinaï. Il est destiné aux jeunes hommes au chômage, pour qui c’est cette absence d‘emploi qui est la seule raison de leur déportation (« une action contre les fainéants »). Il compte 161 détenus âgés d’entre 16 et 21 ans. L’objectif était là de réduire la population de Gaza en poussant les jeunes hommes à émigrer en Cisjordanie[61]. Les deux camps ont été fermés dès 1971[48].
Bilan et suites
[modifier | modifier le code]Selon Anne Irfan, la répression et la politique de portes ouvertes n’instaurent pas une égalité entre les colonisateurs et les colonisés. Ainsi, les colonies israéliennes de Gaza s‘emparent d‘un espace important, et les 7000 colons israéliens de Gaza disposent par personne de 400 fois plus d’espace qu‘un Palestinien de la bande. Ces espaces interdits, la limitation du droit de sortie du territoire et la multiplication des checkpoints israéliens entravent encore plus les mouvements des habitants de la bande de Gaza. Les frustrations accumulées aboutissent au déclenchement de la Première Intifada dans un camp de la bande de Gaza, Jabalya, en 1987[4].
Selon Mark Tessler, à l’issue de cette campagne, « [l’organisation] des fedayins était de plus en plus fragmentée et inefficace, même si quelques incidents avaient toujours lieu. Israël maintint la pression les mois qui ont suivi afin de prévenir tout retour de l’activité des commandos, souvent par des mesures de punition collective afin de dissuader les populations de soutenir la résistance. Sharon, félicité par certains et condamné par d’autres dans les débats politiques en Israël, a réussi à "pacifier" la zone jusqu‘à ce qu’il ne reste de cette éprouvante année et demie que le ressentiment profond des habitants de Gaza »[62].
Après le soulèvement, les élites locales comme les marchands d’agrumes et les propriétaires fonciers ont repris leur influence sur la bande de Gaza, se concentrant sur la restauration de l’ordre dans la vie quotidienne. Avec la restauration d’une autonomie municipale, avec le modéré mais influent Rachad Shawa au poste de maire de Gaza, l‘opposition à l’occupation israélienne décroît en activité. À la fin des années 1970, notamment après élections locales de Cisjordanie de 1976 (en) (remportées par l’OLP) et les accords de Camp David de 1978, le ressentiment envers l’occupation motive à nouveau une opposition active[5].
Selon Jean-Pierre Filiu, Israël a dû lutter pendant quatre ans pour prendre le contrôle de la bande de Gaza, et réduire sa population de 20 % (la bande ne retrouve sa population de 1967 que vers 1975). La très active résistance tous azimuts des Gazaouis n‘a pourtant pratiquement aucun écho, ni international ni au sein de résistance palestinienne, et a donc dû opérer presque sans soutien extérieur ni base arrière, ce que l‘auteur juge remarquable. Un des effets de cette résistance de quatre ans est l‘amalgame qui s‘opère entre habitants des villes, paysans des villages et réfugiés des camps, tous soumis à la répression israélienne[63].
Galerie
[modifier | modifier le code]- Images de la répression israélienne durant la guerre de Quatre Ans.
- Patrouille israélienne, bande de Gaza (1967).
- Fouille militaire d’une maison de la bande de Gaza (août 1967).
- Recherche de « terroristes » dans la bande de Gaza (1969).
- Recherche de « terroristes » en zone rurale de la bande de Gaza (1969).
- Recherche de « terroristes » en zone rurale de la bande de Gaza (1969).
- Arrestations de Gazaouis par l’armée israélienne (1969).
- Contrôle de papiers par l’armée israélienne (1969).
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « History of Gaza » (voir la liste des auteurs).
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « 1967–71 Gazan insurgency » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Lisa Hajjar, « Israel and the Palestinians, 1948-1988 », sur Middle East Research and Information Project, (consulté le )
- ↑ Nathan Shachar, « Israeli Conquest and Occupation, 1967–1971 », sur The Gaza Strip: Its History and Politics - from the Pharaohs to the Israeli Invasion of, (consulté le )
- ↑ Jean-Pierre Filiu, Histoire de Gaza, Paris : Fayard, 2024, collection « Pluriel », (ISBN 978-2-818-50770-4), p. 187-214.
- 1 2 3 4 Anne Irfan, « Settler Colonialism and the Displacement/Immobility Nexus: Israeli Policy in Gaza Since 1948 », Journal of Genocide Research, publié en ligne le 24 août 2025, vol. 28, no 2, p. 421–437. https://doi.org/10.1080/14623528.2025.2547445.
- 1 2 3 4 5 Sara Roy, « The Gaza Strip: Critical Effects of the Occupation », sur Arab Studies Quarterly, (consulté le )
- 1 2 3 4 « Israel’s previous attempt to encourage “voluntary emigration” of Gaza residents »,Akevot Institute, janvier 2024.
- ↑ Jean-Pierre Filiu, Histoire de Gaza, Paris, Fayard, coll. « Pluriel », (ISBN 978-2-818-50770-4), p. 151-158.
- ↑ J.-P. Filiu, op. cit., p. 160.
- ↑ J.-P. Filiu, op. cit., p. 162-163.
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- ↑ « They will be released from the camp if they express a desire to move to Judea and Samaria and find work there. It should be assumed that on Sunday and Monday, 100 to 200 young people will be arrested, and that after the arrests, the other unemployed young people will realize that they will be spared arrest if they find work in Judea and Samaria. », cf Oder Aderet, op. cit..
- ↑ Mark Tessler, A History of the Israeli-Palestinian Conflict, 2e édition, Indiana University Press, 2009. p. 472-473.
- ↑ J.-P. Filiu, op. cit., p. 212-214.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]- Histoire de la bande de Gaza
- Conflit militaire en Palestine
- Guerre du XXe siècle
- Années 1960 en Palestine
- Années 1970 en Palestine
- Bataille impliquant des forces de libération de la Palestine
- Résistance palestinienne
- Guerre impliquant Israël
- Massacre de Palestiniens
- Crime de guerre israélien
- Désobéissance civile