Crossarchus obscurus
Mangue (Stricto sensu), Mangue obscur, Crossarche brune
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embr. | Vertebrata |
| Classe | Mammalia |
| Ordre | Carnivora |
| Famille | Herpestidae |
| Sous-famille | Mungosinae |
| Genre | Crossarchus |
Répartition géographique
Crossarchus obscurus, le Mangue au sens strict, mais plus spécifiquement désigné sous les noms de Mangue obscur ou encore Crossarche brune, est une espèce de mammifères carnivores de la famille des herpestidés.
Cette petite mangouste (sous-famille des Mungosinae) est originaire d'Afrique de l'Ouest. Essentiellement forestier et diurne, cet animal omnivore vit en groupes sociaux grégaires. Il se caractérise par un corps ramassé, un museau mobile et un pelage brun-gris sombre. Bien que confronté à la pression de la chasse locale pour sa viande, il bénéficie d'une large aire de répartition et d'une bonne plasticité écologique, ce qui lui vaut d'être classé comme espèce de préoccupation mineure par l'UICN.
Dénominations
[modifier | modifier le code]- Nom scientifique valide : Crossarchus obscurus F. Cuvier, 1824 selon Mammal Diversity Database ()[1] ;
- Nom normalisé anglais : Common kusimanse ;
- Nom vulgaire recommandé en français : Mangue obscur[2] ;
- Noms vulgaires typiques en français : Crossarche brune [3], Mangouste brune (pas recommandé)[4][3][5] ;
- Autres noms vulgaires : Crossarche obscur [6][note 1], Mangouste sombre[7], Mangouste multipointée[8] ;
- Noms vernaculaires : Crossarche, Mangue[9][2], Mangouste.
Taxonomie
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L’espèce est décrite en 1825 par Frédéric Cuvier d'après un unique individu vivant rapporté d'Afrique occidentale et offert par des voyageurs en mer. La localité-type a été précisée au Sierra Leone. L’animal, désigné sous le nom vernaculaire de Mangue, est rapproché à la fois des mangoustes par ses doigts, ses griffes, ses organes génitaux et les formes de ses dents, et du suricate par le nombre de ses dents, sa démarche plantigrade, sa poche anale et sa morphologie générale caractérisée par des formes ramassées, une tête plus arrondie et un museau allongé. L'espèce est placée dans un genre nouveau nommé Crossarchus, qui fait allusion à la structure en forme de fraise plissée de sa poche anale sécrétant une matière odorante, et reçoit l'épithète spécifique obscurus en raison de sa couleur sombre[9].
Si l’histoire du genre des Crossarches est riche, celle de l’espèce est plus restreinte ; en 1834, le chirurgien et naturaliste Andrew Smith crut découvrir deux nouvelles espèces[10], qui s’avéraient appartenir au Mangue. Il en est de même pour la Mangouste multipointée de Temminck en 1853[8]. Aucune sous-espèce n’a été identifiée[1].
Considéré dans un premier temps comme conspécifique avec Crossarchus platycephalus par certains auteurs, le statut de C. obscurus a été clarifié et sa distinction validée par une récente étude exhaustive basée sur des analyses craniométriques et moléculaires[11].
Phylogénie
[modifier | modifier le code]Phylogénie des Herpestidés basée sur les travaux de Veron et al. (2004)[12], Barycka (2005)[13] et Patou et al. (2009)[14] :
| Mungosinae (Mangues) |
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Description
[modifier | modifier le code]| Formule dentaire | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| mâchoire supérieure | |||||||
| 2 | 3 | 1 | 3 | 3 | 1 | 3 | 2 |
| 2 | 3 | 1 | 3 | 3 | 1 | 3 | 2 |
| mâchoire inférieure | |||||||
| Total : 36 | |||||||
| Dentition du Mangue obscur. |
Le Mangue obscur est un petit mammifère carnivore au corps élancé et aux formes ramassées[9][15]. Sa tête est longue, étroite et plus arrondie, prolongée par un museau très mobile qui s'étend nettement au-delà de la lèvre inférieure[9][15] et se termine par un rhinarium[9]. Ses yeux possèdent des pupilles en forme d'ovales allongés horizontalement[15], accompagnés d'une troisième paupière[9], tandis que ses oreilles sont courtes et arrondies[9][15], marquées au milieu de la conque par deux lobes en forme de lame situés l'un au-dessus de l'autre[9].
L'animal se déplace d'une manière entièrement plantigrade sur ses membres antérieurs[15], avec des pattes courtes dotées de cinq doigts dépourvus de membrane interdigitale et pourvus d'ongles plus longs que ceux des pattes postérieures[9][15]. La plante des pattes comporte des tubercules bien développés et est nue sur les deux tiers antérieurs, n'étant dépourvue de poils que sur le tiers terminal près du talon[9][15]. Sa queue, uniformément fuselée de la base à la pointe et comprimée sur les côtés[15], est moins longue que celle des mangoustes ; il ne la traîne pas derrière lui et la courbe sous son corps[9]. La formule dentaire de l'espèce compte 36 dents[9][15].
Le pelage présente des textures et des teintes variées, composé d'un sous-poil dense et plus clair ainsi que de poils de jarre longs, drus, à l'aspect naturellement hérissé et brillant[9][15]. La coloration globale du corps est un mélange harmonieux de nuances brunes, grises et jaunes[15], la pointe des poils étant plus claire et tirant sur le jaune doré à l'avant, surtout vers le cou et les épaules[9][15], tandis que les parties proches du corps, la face — où les poils sont plus courts et plus clairs — et les pattes affichent une teinte brun-noirâtre plus sombre[15].
Sur le plan morphométrique, la longueur du corps sans la queue varie de 30 à 37 cm (pour une longueur totale allant de 44 à 56 cm), tandis que la queue mesure entre 14,6 et 21 cm. Les oreilles mesurent de 2 à 2,6 cm de long et les pattes arrière de 6 à 7,3 cm. La masse corporelle de l'adulte oscille généralement entre 0,45 et 1 kg (pour une moyenne d'environ 790 g)[16][15].
Parmi les autres particularités anatomiques et physiologiques, les femelles possèdent six mamelles et les deux sexes disposent d'une paire de glandes anales odorantes logées dans une poche anale remarquable[9][15]. Cette poche se ferme par un sphincter et se déploie sous la forme d'une surface plissée (« en fraise ») sécrétant une matière onctueuse et extrêmement malodorante dont l'animal se débarrasse en se frottant contre les corps durs[9]. Enfin, la verge est dirigée vers l'avant avec un gland aplati latéralement et terminé en cône, tandis que les testicules ne présentent pas de scrotum apparent[9].
Écologie et comportement
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Répartition et habitat
[modifier | modifier le code]Le Mangue obscur est originaire d'Afrique de l'Ouest. Sa répartition se restreint aux forêts tropicales humides du sud-ouest et du sud-est de la Guinée, de la Sierra Leone, du Liberia, de la Côte d'Ivoire et du Ghana, en s'étendant juste à l'est du fleuve Volta. L'espèce est présente dans la zone de haute forêt ainsi que dans les forêts riveraines associées de ces régions, avec une présence également possible en Guinée[11][17].
Contrairement à d'autres Mungosinae comme les mangoustes du genre Mungos, les hélogales et les suricates qui occupent généralement des milieux ouverts tels que les savanes, les zones boisées, les prairies et les buissons semi-arides, le Mangue vit principalement dans les forêts denses de l'ouest de l'Afrique[17]. On le trouve essentiellement dans le sous-bois dense des forêts tropicales humides, mais il fréquente également les zones de culture, les forêts exploitées, les plantations, ainsi que les anciennes terres agricoles en cours de régénération forestière[11][17]. En Côte d'Ivoire, l'espèce est également présente dans la zone de savane humide et dans ses forêts-galeries, tandis qu'au Ghana, elle a été observée sur la plaine d'Accra en train de fourrager dans une zone herbeuse sèche et des fourrés ouverts[11]. L'animal est en outre souvent observé à proximité de l'eau, recherchant sa nourriture au bord ou dans l'eau ainsi que dans la végétation dense du sol forestier[11][17].
L'espèce s'étage généralement depuis le niveau de la mer jusqu'à 1 000 m d'altitude (notamment en Sierra Leone), et peut atteindre jusqu'à 1 500 m d'altitude sur le mont Nimba en Guinée[11][17].
Activité
[modifier | modifier le code]Le Mangue obscur est une espèce diurne à l'instinct grégaire[17]. Ces animaux ont tendance à ne pas rester longtemps au même endroit et parcourent leur territoire en décrivant des cercles[17]. Au cours de leurs déplacements, ils cherchent refuge sous des troncs d'arbres, dans des troncs creux, au cœur d'une végétation dense ou dans des terriers qu'ils découvrent[17]. Les membres de cette espèce peuvent également creuser leurs propres terriers ou s'installer dans des termitières pour s'abriter[17].
Un comportement de jeu a été observé chez ce mammifère, tant à l'état sauvage qu'en captivité[17]. Des comportements de menace ont également été constatés : des individus maintenus comme animaux de compagnie et attaqués par des chiens beaucoup plus grands qu'eux n'ont pas hésité à adopter une posture de menace, consistant à arquer le dos, étendre les membres et hérisser complètement leurs poils[17]. En captivité, des mouvements de confort tels que des bâillements et des étirements ont été observés, tandis que le toilettage y demeure rudimentaire[17].
Alimentation
[modifier | modifier le code]Le Mangue obscur est un animal omnivore dont le régime alimentaire se compose principalement d'insectes, de larves, de petits reptiles, de crabes, de fruits tendres et de baies. Pour chasser, il tue sa proie d'une seule morsure à l'arrière du cou, sans secouer sa proie[17].
Il fourrage de nuit, soit individuellement, soit en groupes pouvant compter jusqu'à 20 individus ou plus. Ses techniques de recherche de nourriture consistent à gratter et creuser la litière de feuilles et le sol à l'aide de ses griffes, à retourner les débris de bois et les pierres, et à utiliser son museau pour fouiller et repousser les matériaux. Au cours de ses prospections, il a également été observé en train de grimper sur des arbres inclinés et de chercher de la nourriture dans l'eau pour capturer des crabes d'eau douce[17].
Reproduction et cycle de vie
[modifier | modifier le code]Les individus de l'espèce atteignent leur maturité sexuelle à l'âge de neuf mois (soit environ 274 jours pour les femelles comme pour les mâles)[17]. Les femelles sont polyœstres et peuvent entrer en œstrus plusieurs fois par an ; par exemple, un individu captif non gestant est entré en œstrus à neuf reprises en l'espace de treize mois[17]. L'accouplement est initié et terminé par les mâles[17].
La période de gestation dure environ huit semaines (ou 58 jours)[17]. Les portées comptent généralement quatre petits, avec une fourchette variant de 2 à 4 individus, et les femelles peuvent avoir deux à trois portées par an[17]. À la naissance, les nouveau-nés mesurent entre 9 et 10 mm de long (tête et corps combinés) avec une queue de 3 mm[17]. Ils naissent aveugles, dotés d'un pelage (incluant le sous-poil), d'un rostre court et de grands membres antérieurs[17]. Leurs yeux s'ouvrent après 12 jours, et en captivité, ils commencent à manger de la nourriture solide dans un délai de trois semaines, tandis que les poils de jarre apparaissent à la cinquième semaine[17].
En captivité, l'espérance de vie de l'espèce peut atteindre jusqu'à neuf ans, la moyenne constatée étant d'environ 4,5 ans[17].
Écologie et interactions
[modifier | modifier le code]Le Mangue obscur est fréquemment la proie de plus grands carnivores et de rapaces[17]. Cette espèce héberge souvent des ectoparasites tels que des tiques, des poux et des puces[17].
Le Mangue et l’Homme
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Facilement dressables, ces animaux sont fréquemment gardés comme animaux de compagnie[17].
Menaces et conservation
[modifier | modifier le code]Le Mangue obscur ne fait face à aucune menace majeure, bien qu'il puisse être vulnérable à la chasse dans certaines régions, comme en Guinée où il constitue l'un des petits carnivores les plus fréquemment piégés[11]. Il est également consommé sous forme de viande de brousse. L'espèce est présente dans plusieurs aires protégées réparties sur l'ensemble de son aire de répartition, incluant notamment les parcs nationaux du Mont Sangbé, de la Marahoué et de la Comoé en Côte d'Ivoire, ainsi que la réserve forestière de la zone occidentale (Western Area Forest Reserve) en Sierra Leone[11].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Orthographié « Crossarque obscur » par Paul Gervais. Bien que respectueuse du nom binomial, cette dénomination est vraiment trop marginale par rapport à Mangue obscur pour figurer comme nom recommandé en français.
Références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 5 6 ASM Mammal Diversity Database, consulté le .
- 1 2 Ménégaux 1902-1904, p. 335.
- 1 2 Haltenorth et Diller 1977, p. 194.
- ↑ UICN, consulté le .
- ↑ Chernack, David et Gosselin 2023, p. 659.
- ↑ Gervais 1855, p. 48.
- ↑ Delye 2012, p. 198.
- 1 2 Coenraad Jacob Temminck, Esquisses zoologiques sur la côte de Guiné... 1re partie, les mammifères, Leiden, E.J. Brill, (lire en ligne), p. 108
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 Élie Geoffroy Saint-Hilaire et Frédéric Cuvier, Histoire naturelle des mammifères, avec figures originales, coloriées, dessinées d'après des animaux vivants, vol. 3 (livraison 47), Paris, Blaise, (lire en ligne), Le Mangue
- ↑ (en) A. Smith, South African Quarterly Journal, Cape Town, South African Literary and Scientific Institution, (lire en ligne), p. 247
- 1 2 3 4 5 6 7 8 UICN, consulté le .
- ↑ G. Veron, M. Colyn, A.E. Dunham, P. Taylor et P. Gaubert, « Molecular systematics and origin of sociality in mongooses (Herpestidae, Carnivora) », Molecular Phylogenetics and Evolution, vol. 30, no 3, , p. 582-598 (PMID 15012940, DOI 10.1016/S1055-7903(03)00229-X, Bibcode 2004MolPE..30..582V)
- ↑ E. Barycka, « Evolution and systematics of the feliform Carnivora », Mammalian Biology, vol. 72, no 5, , p. 257-282 (DOI 10.1016/j.mambio.2006.10.011)
- ↑ M. Patou, P.A. Mclenachan, C.G. Morley, A. Couloux, A.P. Jennings et G. Veron, « Molecular phylogeny of the Herpestidae (Mammalia, Carnivora) with a special emphasis on the Asian Herpestes », Molecular Phylogenetics and Evolution, vol. 53, no 1, , p. 69-80 (PMID 19520178, DOI 10.1016/j.ympev.2009.05.038, Bibcode 2009MolPE..53...69P, lire en ligne
) - 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 Myers, P., R. Espinosa, C. S. Parr, T. Jones, G. S. Hammond, and T. A. Dewey. The Animal Diversity Web (online). Accessed at https://animaldiversity.org, consulté le .
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Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Élie Geoffroy Saint-Hilaire et Frédéric Cuvier, Histoire naturelle des mammifères, avec figures originales, coloriées, dessinées d'après des animaux vivants, vol. 3 (livraison 47), Paris, Blaise, (lire en ligne), Le Mangue
- (en) Amy Chernack (dir. et Project Co-ordinateur), Normand David et Michel Gosselin (French common names), All the Mammals of the World, Barcelone, Lynx Nature Books, , 800 p. (ISBN 978-84-16728-66-4)
- Robert Delye, Le loup hurle-t-il à la lune ? : 180 vraies réponses à de fausses questions sur les animaux, Quae, (ISBN 978-2-7592-1828-8, lire en ligne)
- Paul Gervais, Histoire naturelle des mammifères, vol. 2, Paris, L. Curmer, , p. 48
- Theodor Haltenorth et Helmut Diller, Mammifères d'Afrique et de Madagascar, Delachaux et Niestlé, (ISBN 978-2-603-00568-2, lire en ligne)
- Auguste Ménégaux (dir.) (ill. Wilhelm Kuhnert), La Vie des animaux illustrée : Les Mammifères, Paris, J.-B. Baillière et fils, 1902-1904, 525 p., in-4, p. 334-336
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- (en) Animal Diversity Web : Crossarchus obscurus (consulté le )
- (en) Mammal Diversity Database (MDD) : Crossarchus obscurus (consulté le )
- (en) Mammal Species of the World (3e éd., 2005) : Crossarchus obscurus (consulté le )
- (en) Paleobiology Database : Crossarchus obscurus (consulté le )
- (fr + en) ITIS : Crossarchus obscurus F. Cuvier, 1825 (consulté le )
- (en) UICN : espèce Crossarchus obscurus F. Cuvier, 1825 (consulté le )