À propos de quelques traces de la diffusion du bouddhisme au Tadjikistan
Valérie Zaleski
Cet article se propose de réexaminer, après les travaux fondateurs des chercheurs russes et tadjiks, les vestiges bouddhiques du Tadjikistan pour tenter de les inscrire dans un contexte élargi, à travers une corrélation significative d’éléments iconographiques, obéissant à un programme religieux déterminé. L’étude des sources a montré que la Sogdiane et le Tokharestan (au nord-est de l’ancienne Bactriane autour du bassin de l’Oxus-Amou Darya), par leur situation aux confins orientaux des empires iraniens et aux confins occidentaux du Xinjiang chinois, se trouvaient au coeur des réseaux d’échanges des routes terrestres « de la Soie » , parcourues par les marchands et empruntées par les moines bouddhistes pérégrinant depuis ou vers l’Inde du Nord, tels les pèlerins traducteurs, Faxian (399-412), Song Yun (518-522), Xuanzang (629-645), Yijing (671-695), Hyecho (Hui Chao) de Silla (723-726) ou Wukong (751-790). Les campagnes de fouilles soviétiques ayant permis le recensement des sites bouddhiques de l’Asie centrale occidentale ont en outre révélé que le bouddhisme a conquis ces régions à partir de l’hégémonie des Kouchan (non bouddhistes) entre les ier et iiie siècles et s’est maintenu jusqu’à la conquête arabe au viiie siècle. Elles y ont mis au jour des vestiges, parmi lesquels des images colossales et des figurations de mille bouddhas, qui autorisent d’y envisager une diffusion du bouddhisme comme dans les sites du Xinjiang en Asie centrale orientale. De fait, les traces de structures bouddhiques retrouvées au coeur de cette ancienne entité que fut le Tokharestan, dans l’actuel Afghanistan (autour de la ville de Balkh et dans la vallée de Kunduz, fief des Turks occidentaux1), ou au nord, dans l’actuel Ouzbékistan (dans la vallée du Surkhan Darya, avec notamment les sanctuaires de Dalverzine-tepe et les monastères de Kara Tepa et de Fayaz Tepa dans l’ancienne Termez2), confirment les indications données par Xuanzang qui, lors de son passage, répertoria des communautés bouddhiques3 parfois importantes, notamment à Termez4 et à Balkh5, où il fut invité par le fils du Qaghan. Et les Turks orientaux du premier empire, s’ils n’ont pas adopté le bouddhisme, y ont cependant été ouverts, comme Mu-han ou Tapar [ 553-572 et 572-581], ce dernier commanditant
1 S. Lévi et É. Chavannes, 1895, p. 354-355 et 357 ; É. Chavannes 1903, p. 198, 242-245. 2 Fussman. 2015 : 187-194. 3 S. Beal, 1884, p. 39-43. 4 S. Beal, 1884, p. 38-39. 5 S. Beal, 1884, p. 43-44.





















